Alors il est peut être temps de vous expliquer ce que je fais comme job, de quoi ça parle et tout ça, comme ça au cas où on vous pose la question, vous ne répondrez plus "il fait des statistiques, des nombres, tout ça...", mais vous réciterez par cœur ce petit paragraphe que j'espère clair pour tout le monde.
Les cours
Bon d'abord, je donne des cours, comme un professeur d'université. Je construis le cours, je le fais, je rédige les exercices, je les corrige (enfin, en partie, car j'ai aussi un élève en thèse qui est mon esclave de correction d'exos et d'exam, muahahAHAHAH!), je prépare des exams, je les corrige. Je donne 3 heures de cours par semaine et ça me prend au moins le double de préparation, plus les corrections.
Mais de quoi ça parle? Ben de ça. J'enseigne les premiers et simples modèles de mathématique financière à des 3ème année (L3, avec un peu moins de bagou que les élèves français). Je présente donc ce qu'est un marché, un portefeuille, une stratégie, une option et autre produit dérivé. Pour cela, je dois introduire ce qu'est une variable aléatoire et la théorie des probabilités, et puis des choses comme l'espérance, puis ça monte en niveau graduellement. Le modèle binomial en temps discret doit pouvoir m'amener, en fin d'année (fin novembre), à leur parler du fameux modèle de Black-Scholes, qui est le modèle central en mathématiques financières, et qui est beaucoup plus subtil que ce que je fais pour l'instant à mes élèves. C'est assez facile, mais ça prend du temps et c'est important qu'ils comprennent certaines choses, comme le principe de réplication pour valoriser un produit dérivé ou le théorème fondamental d'évaluation des actifs contingents, très beau résultat de dualité...
Suis je clair? Ok je continue sur ma recherche alors...
Ma recherche
La recherche, c'est vachement plus classe. Ce n'est que le début, mais faisons un portrait de ce sur quoi je bosse. Je travaille sur la suite et l'amélioration (si cela a un sens) d'un modèle macroéconomique de société capitaliste. Le papier central c'est celui là. Matheus, un des auteurs, est mon supervisor. Il me propose de raffiner le modèle et de rajouter un peu d'aléatoire parce que c'est mieux avec.
Mais c'est quoi ce modèle? C'est un modèle qui remonte à un économiste (Goodwin) et qui dans sa version de départ modélise l'économie à la Marx : les capitalistes veulent du profit, les travailleurs des salaires. Dans ce modèle, le rendement moyen, la croissance de la population et l'investissement sont des variables qui s'influencent les unes les autres et donnent un modèle dynamique où deux variables deviennent clé et synthétisent toutes les autres : la proportion de profit qui va dans les salaires et le taux d'emploi. Ce modèle est assez cool (même que c'est Lordon qui le dit) car la croissance est cyclique et ramène à un système d'équation bien connu des biologistes/joueurs : l'équation de Volterra ou proie prédateur. En gros imaginez des lapins et des renards. Si les renards kiffent trop de lapins, il y a mois de lapins, mais moins de lapin signifie moins de renards qui crèvent la dalle, et donc les lapins peuvent de nouveau copuler tranquille t'as vu et donc plus on est de lapin et plus il y a de riz (pour les renards) : clear? Bref, c'est un modèle de dynamique non-linéaire, pas non plus chaotique, assez simple et pourtant riche de phénomènes. C'est la classe, c'est la lutte des classes.
En 1995, un autre économiste, Keen, trouve que le capitalisme ne ressemble plus à ça. Et pour cela, il s'appuie sur les travaux de Minsky, un hardcore anarchiste qui explique que les crises sont endogènes au système capitaliste car quand il y a de la confiance, il y a de l'abus (je généralise, mais juste un petit peu). En gros, il existe une troisième classe dans la lutte : les banquiers. Car une économie n'investit pas seulement une partie de ses profits, mais s'endette aussi pour financer de nouveaux projets. Les banquiers peuvent prêter, mais en retour tu raques un intérêt. Keen augmente donc la taille du système, qui passe à 3 variables clés : le taux de salaire, le taux d'emploi, et le taux de dette de l'économie.
Rien que là déjà c'est cool parce que Matheus a montré que le système a des points de stabilité soit à dette finie, soit à dette infinie..., et tout ça juste en étudiant de simples matrices (qui contiennent les sensibilités du système, la jacobienne). Mais ce n'est pas tout. Histoire de tout prendre à Minsky, Keen, puis Grasselli, augmentent encore le système avec le principe de spéculation à la Ponzi : si ça se passe tranquille t'as vu dans l'économie, et même si le taux de profit est élevé, des spéculateurs vont venir s'endetter pour investir sur les marchés. Tant que ça va bien, ça va bien, mais quand ça va mal, faut rembourser et si t'as plus un sou en poche, c'est la misèèèèèèère. Et donc la crise.
Voilà mesdames et messieurs! Je travaille sur la crise financière, et les bulles spéculatives, mais pas du genre hyper technique oula avec 1000 hypothèses sur les dynamiques et tout. Non, ici on fait de la macro dans les grandes lignes, avec des variables clés, des intuitions sur comment elles sont liées, et vas y qu'on va tout mettre dans la machine pour voir s'il en ressort quelque chose! L'intuition est post-keynesienne et toujours la même : la spéculation c'est pas bien et l'endettement c'est pas bien, ça pousse à des salaires bas, un taux de chômage à 100% et une dette illimitée qui va directement dans la spéculation... ça vous dit quelque chose? Bon évidemment il y a des maths à faire, du moins des choses à éclaircir, mais surtout du sens à donner et des préjugés néo-libéraux à détruire. Je pourrai aussi vous expliquer comment les dynamiques fonctionnent, avec le chaos, les cycles périodiques limite et la stabilité stochastique des systèmes perturbés, mais ça servirait à rien : l'idée, c'est que je fais des trucs trop cool, trop fashion, et en mode MAXIMUM OVERDRIVE.
Si vous avez tout lu, bravo. Maintenant reste plus qu'à l'apprendre...





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