On ne nous dit pas tout ! Avant de lire dans la matrice, nous croyions que les chutes du Niagara étaient à couper le souffle, à verser sa petite larme comme la mamie quand la fille de Sharon meurt dans les Feux de l'Amour. Bwef (blague raciste, check), on arrive de grand matin après une nuit dans le B&B de St Catharines, le parking à $20 nous montre déjà la dimension intégralement commerciale du tourisme à Niagara Falls. Que tous les gauchos qui veulent voir Paris dans 20 ans viennent à Niagara admirer la conversion d'un lieu unique et enchanteur (voire ne serait-ce que simplement respectable) en grande machine totalitaire du divertissement sans lendemain, grossière, laide et ringarde. A cela s'ajoute évidemment le saccage de la nature pour que des touristes chinois fassent de belles photos au sec (blague raciste N°2, check).
Soyons sérieux un instant. Les chutes du Niagara sont une merveille de la nature. Des millions de litres se déversent chaque seconde dans le lac Ontario dans un rugissement incessant. Elles fournissent en électricité une superficie grande comme la France (évidemment moins peuplée). La vue de ces millions de litres d'eau est vraiment impressionnante. On imagine le ressenti du premier explorateur qui, après des heures de marche dans une forêt dense de conifères, la rumeur sourde des chutes s'intensifiant minutes après minutes, s'est vu offrir un tel spectacle. On peut comprendre ceux qui à sa suite se sont installés au bord de l'eau, attirés par cette source inépuisable de fraîcheur, d'énergie, de beauté et de douce berceuse.
Ce qu'on comprend moins, c'est la précipitation et l'aveuglement des bâtisseurs qui ont suivi et ont érigé des monceaux de laideur plus lourds et violents les uns que les autres. Quel appât du gain, quelle cupidité a poussé les hommes à vouloir enlaidir de façon si intense et méthodique un lieu qui aurait attiré des visiteurs de toutes les cultures, toutes les planètes ? La réponse est simple, c'est la possibilité d'en attirer encore plus d'un genre unique, uniformisé, calme, docile et sans goût : le consommateur globalisé, le curieux en mal d'expérience, le touriste professionnel, le routard ne voulant rater l'incontournable (bwef, nous).
Alors maintenant, vous êtes prévenus. Si vous passez dans le coin, évitez de débourser du fric pour aller à Niagara. Soit disant, les machines à sous reversent une partie des gains à la préservation de l'environnement et des chutes. On apprécie le paradoxe. On vous oriente vers des coins plus calmes, plus jolis, plus respectueux et respectés, afin de vous respecter vous même également. On s'est senti mal, blousé, sali. Comme si on avait assisté à la construction en temps réel du casino, du cinéma 4D, du musée des stars en cire, du minigolf Jurassic Park, des burger kings, des bowlings, des vendeurs de t-shirts...
Le Canada, c'est aussi un cousin américain. Le fric, la rentabilité, le FUN, le vulgaire, font aussi partie de leur culture. Nul doute que beaucoup regrettent aujourd'hui que cette région soit défigurée, mais beaucoup encore y vont pour s'amuser, faire des bachelor parties, entre deux cessions de shopping à Buffalo (pour payer moins de taxes). Il y a donc encore un peu de chemin à faire pour déguiser les indignités du capitalisme sauvage par le spectacle rassurant du libéralisme soutenable et vert des bobos qui, par exemple, croient encore que Paris est une ville populaire . Non, certaines choses sont à effacer. Sur Niagara on voudrait fermer les yeux et se dire qu'elles ne font qu'alimenter nos batteries d'iphone.
Excellente retranscription de la réalité des chutes ! Merci les gars. Victor from Toronto
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