samedi 28 décembre 2013

@Pika : kestufé à Rio ?

Hello à tous,

Sur pression de mon vénérable grand oncle, mais aussi interrogations de mes parents (dont ma mère qui pense que je suis encore étudiant et se fait un sang d'encre pour mes sous :-), je vais tenter de décrire ce que je fais ici à Rio de Janeiro, grâce à qui et comment nous vînmes dans la Cidade maravilhosa et devinrent Carioca d’adoption.

Je suis quoi ici ?


Je suis ici post-doctorant. C'est comme au Canada une position temporaire (de 6 mois à 3 ans) pour laquelle on est payé (grâce à une bourse et non un poste de financement régulier) à faire de la recherche (surtout) et de l'enseignement (un peu), après la thèse. Cette position permet souvent de découvrir la recherche à l'international, la brassage des jeunes chercheurs, de sélectionner un peu ceux qui sont aptes à continuer pour beaucoup plus longtemps. Elle permet au jeune chercheur d'apprendre encore sous la supervision d'un chercheur senior, de multiplier ses contributions et enrichir son CV avant de chercher ce qu'on appelle une "tenure position", un poste définitif (maître de conférence, chercheur en institut et professeur des universités).

Ici j'ai été embauché comme post-doc pour un an par l'IMPA (INSTITUTO NACIONAL DE MATEMÁTICA PURA E APLICADA), le plus grand institut de mathématiques d'Amérique du Sud, et le plus réputé. Ma position a été financée par des fonds levés par PETROBRAS pour l'optimisation et le risque financier. Mon superviseur Jorge Zubelli dirige un laboratoire d'analyse appliquée et dirige ce projet de finance et de gestion optimale pour le pétrole à l'IMPA.

Il faut comprendre que les projets de recherche personnels n'ont pas de dates fixes a priori. Ils commencent librement, se concrétisent parfois et aboutissent en fonction des objectifs qu'on se fixe au début et qu'on modifie au fur et à mesure des difficultés. Ainsi comme je continue là mon post-doc commencé au Canada, je travaille en grande majorité sur des problèmes commencés en Amérique du Nord : ceci en collaboration avec des Torontois. Mes projets de recherche sont donc non pas liés au Pétrole en ce moment, mais plus à ce que j'ai fait l'année dernière, c'est à dire la macroéconomie post-keynesienne.

Sur quoi ça porte?

 

J'ai plusieurs projets de recherche. Là j'essaie pragmatiquement de mettre en forme le dernier chapitre de ma thèse afin d'en faire une contribution pour un livre sur le risque en finance de l'énergie. 
J'ai aussi un projet de plusieurs articles en route avec un chercheur canadien sur les modélisations dynamiques de la macroéconomie post-keynesienne. L'objectif est de proposer des modèles similaires en biologie des population et d'analyser leurs propriétés d'équilibre afin d'illustrer une économie capitaliste moderne, avec prix, secteur financier, dette, bulle, cycles, crise. De mon côté, j'ai récemment pris pour ambition de mettre dans ces modèles de l'énergie et du développement durable, des problématiques de ressources et d'environnement. On verra ça sur le long terme (1 à 2 ans).
J'ai une collaboration beaucoup plus mathématiques sur ce qu'on appelle l'arrêt optimal, qui est un type de problème d'optimisation. Ceci avec un jeune chercheur à Dublin et un autre au Canada. C'est plutôt un travail technique.

Et dans les faits?

 

Je cherche assez seul ici. Je reste toute la journée sur mon ordinateur, mais on s'envoie régulièrement nos travaux avec nos collaborateurs par mail. L'objectif étant de produire assez rapidement des articles avec un contenu fort et relativement autonome qui éclaire une question économique, mathématique, d'optimisation ou de comportement (rationnel).

Alors je me lève tous les matins, je vais à l'IMPA (15-20 minutes à pied), puis je regarde mes mails, je réponds, je lis quelques liens (news-recherche-info techniques et économiques), puis je fais ce pour quoi je suis payé. Cela passe par plusieurs tâches : 
  • réfléchir et écrire au brouillon : c'est la partie la plus intéressante. Comprendre comment formuler la question, y répondre, faire des preuves et vérifier des arguments (par soi ou par des livres), structurer le développement et les notations, ce qu'on va faire et ce qu'on va passer.
  • coder et simuler : je n'en fais pas beaucoup mais parfois il faut faire des graphes pour mieux illustrer un comportement. Il faut donc coder les maths, tout mettre dans l'ordi qui va faire sa tambouille et sortir des jolis graphes. C'est pas toujours simple mais les résultats à la hauteur des frustrations.
  • écrire et présenter : c'est une très longue partie, dans laquelle il faut être très propre, impeccable même mais on éprouve une certaine fierté une fois l'article fini! Il faut se relire 20 ou 30 fois, tout corriger, refaire les preuves avec soin, etc.
  • présenter en conférence : parfois on va parler de ce qu'on a fait et écouter le travail des autres à des conférences. Comme ça coûte de l'argent, le labo sélectionne avec attention ce qui vaut le coup ou pas. Mais une fois là bas, c'est assez cool, on échange avec des collègues, on discute, on boit, on rigole, on se fait des potes. On discute de collaborations futures.
  • échanger avec son labo : là pour le coup j'en fais peu, mais nous sommes une toute petite équipe en mathématiques financières. On échange au café, et on a parfois des idées pour les uns, pour les autres. Disons que ça évite le côté seul au monde qu'on ressent parfois.
  • donner des cours : bon ben ça tout le monde connait en tant qu'élève, et voit bien ce qu'est un prof... En revanche il faut aussi préparer le cours, pour lequel on ne peut pas compter uniquement sur ses souvenirs. Il faut être sûr de soi, courageux, concentré.

 

Conclusion

 

J'espère que ça permettra à certains d'imaginer un peu mieux ce que c'est qu'être mathématicien, qui en soi n'est pas différent en France qu'au Brésil. C'est un super boulot avec pleins d'aspects divers, sans pression directe, mais qui reste tout de même un métier très exigeant et qui n'autorise pas la faute étant donné le peu de reconnaissance que ce métier a en France par exemple. C'est dur d'y trouver sa place, mais une fois dedans, il y a beaucoup d'aspects ultra épanouissants intellectuellement et humains.

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