vendredi 13 septembre 2013

Top/Flop Toronto - Idées à prendre ou à laisser

Après quelques mois passés à Toronto, nous dressons un court bilan au travers d'un top 10 et flop 10 de Toronto. Commençons par le flop pour terminer cet article sur une touche positive ! Et c'est parti !

FLOP 10 :
  1. Les canadiens : "gentils", n'anticipent pas, ne regardent pas autour d'eux, ne font pas attention, n'ont aucune conscience politique ou sociale, superficiels, manquent de recul et de culture, relativistes, ultra-libéraux, individualistes, préfèrent les chiens aux êtres humains, évitent les conflits, se marchent dessus, psychorigides. Les hommes sont un peu des tapettes. Les filles sont vulgaires.
  2. Transports en commun sous-développés et cher, corrélés à l'omniprésence de la voiture : on a déjà développé là dessus dans un précédent poste. A noter que les avions aussi sont super chers pour les vols intérieurs.
  3. Prix affichés hors-taxes dans les restaurants + magasins. Ça demande des calculs savants à chaque démarche d'achat. Certains objecterons que c'est un avantage, j'aimerai savoir lequel. C'est impossible de préparer sa monnaie en avance, et on ne sait pas exactement pour combien on en a. De toute façon on n'a pas le choix de payer ou pas les taxes alors comme personne ne fait le compte en fin de journée ou de mois de ce que l'état lui a "volé", ça ne sert à rien de le savoir. C'est vraiment un dédouanement du vendeur inutile : "NOUS, on veut vous faire le café à moins de 2$, mais VOUS paierez plus, à cause de PAS NOUS".
  4. Isolation des maisons : pas de volets, murs en brique ou bois ne dépassant pas 10 cm en moyenne = grosse consommation d'énergie pour se chauffer et se refroidir = cohérent avec un prix du Kwh bas également du aux gigantesques sources d'énergie au Canada. En fait c'est plus généralement l'impression d'un pays un peu archaïque sur certains points, c'est étrange... Ils n'ont pas de mitigeurs d'eau comme nous, ils ne connaissent pas l'induction, ils n'ont pas la demi-chasse d'eau,...
  5. Le prix des télécommunications et internet : vous imaginez être sur-tarifé parce que vous appelez en Bretagne de Paris? Ben voilà, this is Canada.
  6. Long hiver (uniquement 3 mois d'été par an) : certains aiment le froid, et c'est vrai que l'hiver propose de magnifiques décors et de jouer avec la neige. Mais le froid, la nuit, ça a quelque chose de déprimant, c'est juste physiologique.
  7. Interdiction de boire dehors. C'est juste déraisonnable. Le Canada sera sans doute un des premiers pays à interdire de fumer dans la rue (en course contre la Suède, le Japon et tout autre pays qui fantasme l'ordre et la paix). Et puis le LCBO, seul endroit où acheter de l'alcool, ça a un côté soviétique. L'alcool n'est pas très bon en plus de tout ça...
  8. Pas facile de manger sain. C'est pas impossible, mais c'est drôlement cher, ça demande de tout faire soi-même, de connaître les boutiques, et pas qu'une seule...
  9. Frais médicaux élevés. Bon ben c'est mieux que les USA, il y a la sécu, mais ça reste hors de prix pour des interventions spéciales, des spécialistes (gynécos). En plus ils te touchent pas, te regardent pas trop, sont procéduriers et pudiques. Le docteur est un business man qui te fournit une ordonnance, ou te dirige vers un spécialiste.
  10. La night-life. Tout ferme à 2h. Si tu ne connais pas le bar clandestin malade ouf, tu rentres chez toi un peu déçu, alors qu'il fait encore très chaud, que t'as la patate, ton vélo, l'envie de voir du monde, mais non, tu te la mets sur l'oreille...

TOP 10 :
  1. Les canadiens : gentils, sympathiques, de bonne humeur, serviables, polis, amusants, sociables, sens de la famille, confiants. Pas machistes. Sont ouverts à beaucoup de chose (du moment que vous respectez les règles du jeu capitalistse), honnêtes. Il y a beaucoup de choses contradictoires avec le flop, mais c'est comme ça, c'est un tout, l'humain va au delà des contradictions locales.
  2. Diamond Lane : il s'agit d'une voie rapide sur les autoroutes réservée aux véhicules privés contenant au moins 2 personnes (pour favoriser le co-voiturage) et aux bus.
  3. La pharmacie à la pilule près : respect de la prescription, pas de gâchis, recyclage des boîtes de médicaments, économie pour la sécurité sociale.
  4. Change arrondi au 5 cents le plus proche, on ne s'embête plus avec des pièces rouges de 1 et 2 cents.
  5. La sécurité : le Canada c'est SAFE !!! Le pays des bisounours (vs. Braziou...). En fait j'ai émis l'hypothèse qu'il y avait un seuil de sentiment de confiance qui produit une transition de phase, avec deux équilibres. Certaines sociétés développent un climat de défiance, les gens se regardent en coin, ont peur, construisent donc une société surveillée, protégée, qui donne donc un sentiment de dangerosité (cercle vicieux). D'autres sont si pacifiées qu'on s'y sent bien, qu'on créé un climat de confiance, que les gens ne supposent pas à priori que le monde veut les flouer (cercle vertueux). Le Canada est un des rares, peut être le seul pays de ce type. Et cela fait un bien FOU.
  6. Le vélo !!! Place importante du vélo à Toronto, c'est très agréable de se déplacer à deux roues non-motorisés dans cette ville douce et paisible pendant les quelques mois d'été (et pendant les autres saisons pour les plus courageux). Et les bus ont des portes vélos à l'avant, c'est très pratique pour prendre son vélo pour aller un peu loin..
  7. La natuuuuuuuuuure ! Voir les postes sur nos escapades. Franchement, ça ne s'exporte pas un truc pareil, mais ça vaut vraiment le coup.
  8. Les bars avec patio ! Alors ça, ça compense une architecture bordélique et sans vision d'ensemble. Les immeubles bas autorisent de s'y poser, et boire une bière au soleil sur un toit, c'est vraiment top. Dans l'ensemble, tout est fait pour profiter de l'été et boire dehors.Mais pas dans la rue...
  9. Les quartiers cosmopolites. China-town, Korea-town, little Italy, little Portugal, little India,... Et non ! pas de French district! Le communautarisme est assez mal vu en France. Mais ici, c'est pacifié, chacun respecte son voisin (en fait il s'en carre), et donc on peut profiter d'une diversité culturelle (et gastronomique!) agréable.
  10. Professionnellement, ils donnent leur chance à tout le monde. C'est incroyable mais ça fonctionne : si t'es bon, tu montes très vite, tu gagnes en grade, en money. Si ça se passe mal tu retentes ailleurs. Mais au final ça te permet si tu y crois et que tu t'investis d'obtenir un poste qu'il faudrait attendre longtemps en France à cause de l'ancienneté. L'ancienneté est une bonne chose mais pas en soi, seulement pour certaines activités. La femme a aussi plus de respect : elle peut faire des enfants, avoir des congés maternité, ici il est peu probable qu'on vous en veuille pour ça.

Niagara Falls Ze kitchest place in Canada

On ne nous dit pas tout ! Avant de lire dans la matrice, nous croyions que les chutes du Niagara étaient à couper le souffle, à verser sa petite larme comme la mamie quand la fille de Sharon meurt dans les Feux de l'Amour. Bwef (blague raciste, check), on arrive de grand matin après une nuit dans le B&B de St Catharines, le parking à $20 nous montre déjà la dimension intégralement commerciale du tourisme à Niagara Falls. Que tous les gauchos qui veulent voir Paris dans 20 ans viennent à Niagara admirer la conversion d'un lieu unique et enchanteur (voire ne serait-ce que simplement respectable) en grande machine totalitaire du divertissement sans lendemain, grossière, laide et ringarde. A cela s'ajoute évidemment le saccage de la nature pour que des touristes chinois fassent de belles photos au sec (blague raciste N°2, check).

Soyons sérieux un instant. Les chutes du Niagara sont une merveille de la nature. Des millions de litres se déversent chaque seconde dans le lac Ontario dans un rugissement incessant. Elles fournissent en électricité une superficie grande comme la France (évidemment moins peuplée). La vue de ces millions de litres d'eau est vraiment impressionnante. On imagine le ressenti du premier explorateur qui, après des heures de marche dans une forêt dense de conifères, la rumeur sourde des chutes s'intensifiant minutes après minutes, s'est vu offrir un tel spectacle. On peut comprendre ceux qui à sa suite se sont installés au bord de l'eau, attirés par cette source inépuisable de fraîcheur, d'énergie, de beauté et de douce berceuse.
Ce qu'on comprend moins, c'est la précipitation et l'aveuglement des bâtisseurs qui ont suivi et ont érigé des monceaux de laideur plus lourds et violents les uns que les autres. Quel appât du gain, quelle cupidité a poussé les hommes à vouloir enlaidir de façon si intense et méthodique un lieu qui aurait attiré des visiteurs de toutes les cultures, toutes les planètes ? La réponse est simple, c'est la possibilité d'en attirer encore plus d'un genre unique, uniformisé, calme, docile et sans goût : le consommateur globalisé, le curieux en mal d'expérience, le touriste professionnel, le routard ne voulant rater l'incontournable (bwef, nous).



Alors maintenant, vous êtes prévenus. Si vous passez dans le coin, évitez de débourser du fric pour aller à Niagara. Soit disant, les machines à sous reversent une partie des gains à la préservation de l'environnement et des chutes. On apprécie le paradoxe. On vous oriente vers des coins plus calmes, plus jolis, plus respectueux et respectés, afin de vous respecter vous même également. On s'est senti mal, blousé, sali. Comme si on avait assisté à la construction en temps réel du casino, du cinéma 4D, du musée des stars en cire, du minigolf Jurassic Park, des burger kings, des bowlings, des vendeurs de t-shirts...
Le Canada, c'est aussi un cousin américain. Le fric, la rentabilité, le FUN, le vulgaire, font aussi partie de leur culture. Nul doute que beaucoup regrettent aujourd'hui que cette région soit défigurée, mais beaucoup encore y vont pour s'amuser, faire des bachelor parties, entre deux cessions de shopping à Buffalo (pour payer moins de taxes). Il y a donc encore un peu de chemin à faire pour déguiser les indignités du capitalisme sauvage par le spectacle rassurant du libéralisme soutenable et vert des bobos qui, par exemple, croient encore que Paris est une ville populaire . Non, certaines choses sont à effacer. Sur Niagara on voudrait fermer les yeux et se dire qu'elles ne font qu'alimenter nos batteries d'iphone.